Déclaration d'Oxford 1967
Nous, Libéraux de vingt pays, réunis à Oxford pour le vingtième anniversaire du Manifeste Libéral et de la création de l'Internationale Libérale
réaffirmons notre foi dans les principes du libéralisme définis par le Manifeste d'Oxford
constatons avec satisfaction que ces principes ont été adoptés par les Nations Unies, et inclus dans les Constitutions de nombreux et nouveaux Etats souverains
déclarons que c'est à la lumière de ces principes que nous exposons ci-après notre appréciation mûrement réfléchie sur les événements de ces vingt dernières années.
La tache du liberalisme dans l'actuelle evolution du monde
1. La véritable révolution qui s'est produite au cours des siècles derniers dans les conditions de l'existence humaine, continue d'acquérir force et vigueur.
2. Le rythme sans cesse accéléré des découvertes scientifiques et techniques, la cybernétique et l'automation, l'énergie nucléaire à usage pacifique ou militaire, les moyens de communication de masse, l'explosion démographique, la marche vers le "bien-être" par un meilleur fonctionnement des Services Publics, la civilisation industrielle qui se substitue partout à une forme de société rurale et statique, l'accès de nombreux pays à l'indépendance, ouvrent de nouvelles perspectives au progrès humain. Parallèlement, dans un monde où s'accroît l'écart existant entre les Etats nantis, et ceux souffrant de la pauvreté et de la faim et où la liberté est sacrifiée au profit de discriminations entre les individus et entre les races et de nationalismes agressifs, se réalisent des concentrations de puissance susceptibles d'opprimer et de détruire, dans une mesure que ce monde n'avait encore jamais connue ni même imaginée.
3. Notre époque a pour tâche essentielle de maîtriser ces forces nouvelles, et de les mettre au service de l'humanité. Cela ne peut pas se faire par la contrainte, mais par la constitution progressive de sociétés libres composées de citoyens éclairés et conscients de leurs responsabilités, dont les efforts communs assureront une protection suffisante contre la peur et le besoin, contre l'oppression intérieure ou extérieure. De telles sociétés libres ne peuvent se réaliser et subsister que grâce à une constante adhésion aux principes du libéralisme.
decentralisation et liberte
4. Dans le monde moderne la coopération et la solidarité entre les hommes libres sont des impératifs constants et d'une importance croissante. La centralisation excessive et malsaine a favorisé le déclin des institutions parlementaires, entraînant la soumission grandissante de l'individu à l'Etat, l'apparition et le développement de nouvelles formes d'absolutisme, et d'une bureaucratie incontrôlée, la formation de monopoles publics et privés et l'effet restrictif que peuvent entraîner des associations d'employeurs et de travailleurs, ou des deux ensemble.
5. Nous estimons que la lutte contre pareilles tendances n'est possible que par une foi constante dans la nécessité de la liberté sous tous ses aspects, et en recourant notamment aux moyens suivants:
(a) réaliser au maximum la délégation et la répartition des pouvoirs dans les domaines économiques, soooociaux et du gouvernement, et spécialement par une opposition résolue aux monopoles;
(b) garantir la plus large multiplicité d'expression et d'initiative pour tout ce qui concerne l'éducation, l'enseignement et la culture, y compris les moyens de communication de masse;
(c) mettre à la disposition de tout citoyen, les informations nécessaires pour qu'il puisse se former une idée objective sur tous les problèmes d'intérêt général;
(d) garantir le droit des minorités à jouir des libertés essentielles, telles que définies dans le Manifeste d'Oxford;
(e) éliminer toute forme de discrimination oppressive raciale ou autre;
(f) protéger les individus isolés ou en groupe contre toute immixtion non justifiée dans leur vie privée et contre toutes les formes d'inquisition par quelque moyen que ce soit, y compris les techniques résultant des procédés scientifiques modernes.
Politique Economique et Planification
6. La planification par les gouvernements de leurs activités économiques est une nécessité, à la condition qu'elle n'aboutisse pas à paralyser le fonctionnement autonome du secteur privé, à entraver la libre concurrrence et à empêcher le jeu normal du mécanisme des prix sur le marché libre. C'est à ces conditions essentielles que pourront être assurés le développement économique, l'accroissement de la production et de la consommation, et qu'il sera permis aux populations de bénéficier des biens et services qui sont nécessaires pour le progrès social, dans tous les pays du monde.
7. Nous croyons que l'Etat a une responsabilité particulière dans la protection des ressources naturelles, des trésors culturels ainsi que des sites urbains et ruraux, contre une exploitation sans discernement de la part d'intérêts public ou privés.
8. Si à l'accroissement de la population s'unit une augmentation de la consommation hors de proportion avec la production, l'inflation devient inévitable. L'instabilité monétaire qui en résulte met en péril le progrès social et économique. Ce danger ne peut être évité, dans une démocratie libérale, que si l'Etat, et tous les groupes sociaux, limitent volontairement leurs demandes, de façon équilibrée et systématique. Les efforts entrepris à cette fin doivent jouir d'une priorité haute dans tous les pays.
Cooperation economique internationale
9. Nous croyons qu'il est indispensable dans les rapports économiques internationaux d'assurer la libre circulation des individus, des biens, des capitaux et des services, ainsi que la répartition internationale du travail, et la plus large coopération possible entre nations, dans les domaines monétaires, sociaux et technologiques.
10. Nous approuvons et favorisons les groupements économiques régionaux, à la condition qu'ils ne deviennent pas des instrument de protectionnisme régional, ou d'exploitation économique de pays au détriment d'autres, et qu'ils ne dégénèrent pas en une bureaucratie technocratique opérant hors de tout contrôle démocratique.
Egalite et Bien-etre
11. Nous croyons qu'une part substantielle des richesses croissantes qui sont disponibles doit être employée à promouvoir une égalité dans les points de départ entre les individus et les nations du monde entier.
12. Pour l'individu cette égalité suppose l'existence d'un régime de sécurité contre les risques de maladie, de chômage, d'incapacité de travail, de retraite, et la mise à la disposition de chacun d'un logement approprié à ses besoins.
13. Elle exige également, sans qu'il soit tenu compte des origines de chacun, la mise à la disposition de tous de la meilleure organisation scolaire possible pour l'éducation et l'instruction, tant intellectuelle que physique, humaniste que technique. A cet effet nous sommes en faveur de systèmes éducatifs les plus variés et diversifiés, à la condition qu'ils puissent tous aboutir à un niveau d'efficacité suffisant pour former des citoyens libres, conscients de leurs propres responsabilités et susceptibles de les assumer.
14. Cette égalité exige encore que disparaisse le sentiment d'aliénation qu'éprouvent les travailleurs employés et ouvriers en leur assurant le droit de participer d'une manière responsable à la marche de leur entreprise respective, de contribuer à sa stabilité et à son développement et d'y acquérir un intéressement financier.
15. En outre, la régulation des naissances doit être encouragée dans le respect total de la responsabilité de chacun, et de la liberté de choix du couple.
16. Pour les nations, l'application de ces principes exige de la part de celles hautement industrialisées, qu'elles pratiquent une politique commerciale fondée sur les principes libéraux, tenant compte dans une mesure adéquate des besoins particuliers des nations les plus défavorisées, et qu'elles leur attribuent une aide financière et technique, leur permettant d'organiser des systèmes d'enseignement et de sécurité sociale, de créer les infrastructures nécessaires à leur expansion économique et de favoriser leur développement agricole et industriel.
17. L'assistance aux Etats en voie de développement ne peut avoir ni pour objet ni pour résultat de favoriser des intérêts égoïstes de nature politique ou économique. Nous insistons sur la nécessité d'une coopération de la part des autorités centrales et des populations de ces Etats, aux fins que s'accroisse chez celles-ci le sentiment de liberté, comme le sens de l'initiative et des responsabilités. Dans le même but une étroite coordination entre les organismes publics, les entreprises privées, et les diverses associations intéressées est nécessaire.
Paix et Liberte
18. Nous croyons que malgré ses actuelles insuffisances, l'organisation des Nations Unies, fondée sur des principes libéraux démocratiques, et sur le développement d'une éthique internationale commune, mérite l'appui de tous les hommes de tous les pays, afin d'en faire une autorité mondiale réelle, dotée de fonctions clairement définies et de pouvoirs effectifs, capable de faire respecter le droit dans les relations internationales.
19. Nous croyons que l'intérêt de tous les peuples, et notamment de ceux qui prennent maintenant leur place dans la civilisation technologique d'aujourd'hui, est d'être gouvernés conformément aux principes de la démocratie libérale.
20. Nous répétons notre conviction maintes fois exprimeé, que seule la liberté peut assurer une paix durable, et que le premier objectif d'une politique étrangère libérale doit être d'élargir le règne de la liberté de par le monde.
21. Nous croyons que malgré les grandes difficultés à surmonter, il est nécessaire d'atteindre à une réduction équilibrée, contrôlée et effective de tous les armements. Dans l'attente de ce résultat, les nations libres doivent coopérer afin de prévenir une agression nucléaire ou conventionnelle.
22. Nous approuvons et favorisons, sur tous les continents, les groupements régionaux fondés sur la coopération mutuelle de sociétés libres, susceptibles de tendre vers une fusion des souverainetés. Afin de contribuer efficacement à la paix, à la liberté et au bien-être du monde entier, les Européens ont présentement le devoir impérieux de réaliser une Europe unie ouverte à toutes les nations démocratiques du continent.
Pour conclure, nous tenons encore une fois à affirmer solennellement, notre foi comme notre conviction inébranlables, que c'est une tâche libérale de diriger la révolution qui s'étend maintenant au monde entier de manière que l'homme puisse en bénéficier. Pareille tâche requiert tolérance et collaboration, dans le cadre de la liberté. De même elle exige une conscience libérale des besoins croissants des hommes qu'il est indispensable de satisfaire des idées libérales, des initiatives libérales. Elle exige également des partis libéraux capables d'influencer dans cette voie la politique de leurs pays respectifs.
Nous accueillons en conséquence avec satisfaction les manifestations de recherche ou de tension apparentes dans les pays et les partis non libéraux, comme une indication que le besoin de liberté se dégage de lui-même, fût-ce dans les circonstances les plus difficiles.
C'est notre devoir et notre volonté de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour aider cette évolution.


